Politique de réduction des risques en Prison

Est-il utopique en France de penser qu’une loi votée va être appliquée ? Où sont les seringues ?

Le TRT-5 se mobilise avec un collectif inter associatif pour faire entendre son mécontentement quant à l’inertie des pouvoirs publics pour appliquer une politique équitable et adaptée de prévention des risques en prison.

PDF - 1.6 Mo
Communiqué de presse interassociatif - 27 MARS 2017

Depuis plus de 20 ans les associations qui œuvrent pour la réduction des risques des contaminations virales du VIH et des hépatites, luttent en permanence pour que la loi de 1994 sur l’égalité de la prise en charge sanitaire entre le milieu libre et le milieu carcéral soit enfin appliquée.

En 2010 la mise en place des études scientifiques PREVACAR et PRIDE a permis de mettre en évidence l’existence de pratiques d’injection à risques en milieu carcéral, les améliorations à apporter en termes de mise à disposition d’outils de réduction des risques en Prison, et aussi la nécessité d’expérimenter des mesures nouvelles ayant largement fait leurs preuves en milieu libre.
Ce n’était toujours pas suffisant pour les ministères concernés !

En 2013, un groupe de travail sur la thématique « Prévention et Réduction Des Risques infectieux » a été mené conjointement par les ministères Santé Justice. A l’issue de ce travail, des recommandations très claires avec un cahier des charges ont été émises par les experts sur la mise en œuvre d’un programme de seringues expérimental en Prison.
De plus, des expérimentations développées dans d’autres pays en Europe ont été évalués et ont prouvés leur efficacité aussi bien sur l’absence d’incidents que sur l’amélioration de la situation sanitaire des personnes détenues.

Pour rappel, l’étude PRAVACAR a prouvé que les contaminations du VIH et des hépatites en Prison sont largement supérieures au milieu libre (prévalence du VIH (2 %) et du VHC (4, 8 %) 6 fois plus élevée qu’en milieu libre (Prévacar Invs/DGS 2010). Des personnes commencent leur pratique d’injection en détention et toutes sortes de produits sont injectés comme les anabolisants….
Les personnes détenues peuvent aussi contaminer la population générale à leur sortie et c’est l’Etat qui sera responsable de ces nouvelles contaminations !

Et pourtant, l’article voté dans la loi de Modernisation du système de santé peut permettre d’aboutir à une baisse des contaminations et les arbitrages du ministère de la justice et du premier ministre n’en tiennent pas compte. Malgré tous les principes d’équivalence de soins inscrits dans de nos nombreux textes nationaux et internationaux, la cohérence de la politique de Réduction des Risques s’arrêtera aux portes de la prison, avec tous les risques pour les populations concernées.
Le dernier décret de la Loi de Modernisation du système de Santé ne verra jamais le jour et nous sommes en colère.

Pour autant, nous ne baissons pas les bras et nos organisations continueront à militer pour que la santé des usagers de drogues en prison ne soit plus conditionnée au bon vouloir de l’administration pénitentiaire. La réduction des risques en prison est possible. Les expériences internationales le prouvent et comme en ce qui concerne les salles de consommation, la France cessera un jour d’être la vieille tante réactionnaire de la politique des drogues.