Recommandations de prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH. Les recommandations spécifiques en milieu carcéral.

Recommandations de prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH. Les recommandations spécifiques en milieu carcéral.

Depuis plusieurs éditions des recommandations de prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH, le TRT-5 demande au Ministère de la Santé de consacrer des chapitres a des thématiques spécifiques, populationnelles ou géographiques.

Notre implication nous a montré que l’organisation actuelle était porteuse de nombreuses limites et mettait difficilement en valeur les spécificités de prise en charge en prison(urgence, visibilité, lisibilité des recommandations). Faute d’être entendu-au moins pour l’instant-nous avons donc créé un document spécifique reprenant les dernières recommandations de prise en charge et les commentaires de notre groupe

Epidémiologie de l’infection à VIH

On dispose de peu de données fiables sur l’infection à VIH et sa prise en charge dans les prisons. L’étude Prévacar devrait améliorer les connaissances sur l’infection à VIH en prison.

Jusqu’alors, les études de prévalence en prisons ont été peu nombreuses et peu représentatives, reposant le plus souvent sur des données déclaratives de la part des détenus ou des médecins les prenant en charge. L’enquête Prévacar, réalisée par la DGS et l’InVS, permettra d’estimer plus précisément la prévalence du VIH en 2010 dans la population carcérale en France car elle reposera sur l’examen des dossiers médicaux à partir d’un échantillon aléatoire des détenus et des établissements pénitentiaires. Elle s’est déroulée du 7 au 20 juin 2010 dans 27 établissements tirés au sort et auprès de 1600 personnes détenues. Les premiers résultats seront disponibles fin 2010.

Dépistage et nouvelles stratégies de prévention de la transmission du VIH

Un test de dépistage de l’infection par le VIH devrait être systématiquement proposé à l’entrée en détention ou en cours d’incarcération.
Le livret d’accueil délivré aux arrivants par l’administration pénitentiaire et le livret de présentation de l’UCSA doivent informer sur la prévention VIH/VHC/IST, l’accès aux préservatifs et au TPE.
La proposition de dépistage doit être faite à l’entrée et renouvelée régulièrement au cours de l’incarcération, accompagnée d’un accès à de l’information et de l’éduction à la santé. Le rendu des résultats doit être amélioré.
Le personnel des prisons doit être formé à la prévention et à l’intérêt du TPE. Les préservatifs doivent être en accès libre des stratégies de substitution aux opiacés et des programmes d’échange de seringues doivent être assurés pour réduire la transmission du VIH, des hépatites et des IST.
Le travail de prévention auprès des détenus gagnerait à impliquer les associations intervenant en détention, en coordination avec les Unités de consultations et de soins ambulatoires (UCSA)*.

Prise en charge des situations d’exposition au risque viral chez l’adulte

Le groupe experts recommande de s’assurer de la disponibilité des kits d’urgence dans toutes les UCSA, de la formation des personnels soignants et pénitentiaires et de l’information des personnes incarcérées.

Les médecins des UCSA (unité de consultation et de soins ambulatoires implantés en milieu pénitentiaire), des établissements psychiatriques et des urgences médico-judiciaires doivent également être informés de la conduite à tenir en cas d’Accidents d’Exposition à un risque Viral (AEV).

Certaines évolutions devraient améliorer et élargir le recours au dispositif :

Les kits d’urgence doivent impérativement être disponibles dans l’UCSA de chaque établissement pénitentiaire.

L’information des personnes incarcérées et des personnels soignants et pénitentiaires doit être assurée sur l’existence et l’utilisation de ces kits.

Modalités de prescription du traitement post-exposition (TPE) et choix des médicaments

Le TPE doit être accessible dans chaque service d’accueil des urgences et dans les sites hopsitaliers en charge des populations exposées telles que les UCSA. Il est recommandé de prévoir des kits de traitement d’urgence si la dispensation des antirétroviraux n’est pas réalisée 24h sur 24 sur le site de prise en charge, en quantité suffisante pour 3 jours de traitement.


Infections

Tuberculose

Prophylaxie primaire

Deux types de mesures préventives peuvent être envisagés : la prévention de l’exposition et la chimioprophylaxie.

Prévention de l’exposition

Les personnes infectées par le VIH doivent être informées que certaines situations ou activités professionnelles augmentent le risque d’exposition au bacille tuberculeux (employés dans les hôpitaux, les établissements pénitentiaires, les foyers…). Chaque situation doit être analysée au cas par cas en concertation avec le médecin du travail. En cas de risque élevé d’exposition, une surveillance clinique et radiologique annuelle doit être proposée.

Conditions de vie pour un succès thérapeutique}

Le groupe d’ experts recommande :

de veiller à ce que les appartements de coordination thérapeutiques répondent aux besoins des populations insuffisamment prises en compte dont les sortants de prison.

de mener une réflexion sur les expertises médicales dans le cadre de l’aménagement et la suspension de peine et sur les critères d’octroi de ces mesures.

Constat

Les dispositifs permettant la sortie de détention des personnes dont l’état de santé est durablement incompatible avec le prison ne sont pas utilisés de façon optimale.

La capacité d’insertion des détenus, l’existence d’un entourage stable ou l’accès au logement font partie des différents critères d’octroi de suspension de peine pour raison médicale . Il manque une définition jurisprudentielle claire des conditions d’octroi. Cette absence de consensus entraîne des disparités de pratique et une inégalité de traitement des demandes.

Le manque de structures médico-sociales de type ACT ou sanitaires (soins palliatifs) susceptibles d’accueillir les personnes détenues qui pourraient bénéficier de la suspension de peine représente un frein considérable à son usage effectif. La mise en place des Unités Hospitalières Sécurisées Interrégionales (UHSI) semble avoir entretenu une confusion pour certains experts qui les considèrent comme des lieux de soins pérennes et motivent des décisions défavorables. Ces dispositifs sont méconnus par le personnel soignant exerçant dans les UCSA et par les détenus eux-mêmes.

Post-scriptum

Cette unité hospitalière, implantée en milieu pénitentiaire, assure les soins somatiques et psychiatrique incluant la prévention, l’organisation des soins en milieu hospitalier ainsi que la continuité de soins à la sortie de détention