Échappement thérapeutique : bousculons l’indifférence

Les associations de lutte contre le sida rassemblées au sein du TRT-5 sont mobilisées depuis 8 mois sur la situation des personnes en impasse thérapeutique. Cette situation touche une catégorie particulière de malades qui, après avoir épuisé tous les médicaments antiviraux disponibles, ont une charge virale élevée et non contrôlée, et un taux de CD4 extrêmement bas. Ils sont exposés à la survenue d’infections opportunistes, d’une cachexie, ou d’une pathologie tumorale.

De récentes données épidémiologiques concernant l’impasse thérapeutique précisent la situation. Le TRT-5 a demandé des informations sur l’ampleur du phénomène directement aux chefs de service spécialistes de l’infection par le VIH. Tous considèrent qu’entre 5 et 10 % de leurs patients sont dans une situation d’urgence thérapeutique. Cela représente près de 8000 personnes en France. Mais le ministère de la Santé a annoncé le chiffre de 5,7% de l’ensemble des personnes suivies à l’hôpital. Enfin, les dernières évaluations du DMI2 (cohorte nationale) annoncent une augmentation importante du nombre des personnes qui ont utilisé toutes les classes de médicaments disponibles. Une estimation en fin 1999 avance le chiffre de 1500 personnes qui seraient dans ce cas.

Le TRT-5 a identifié plusieurs molécules en phase précoce de développement dont les premiers résultats d’essais suggèrent un intérêt pour les personnes en impasse thérapeutique. Suite à la mobilisation des associations, l’inhibiteur de la protase ABT 378, des laboratoires Abbott, sera bientôt disponible dans le cadre d’une ATU de cohorte. En revanche, les laboratoires Pharmacia Upjohn, Gilead, Roche – Trimeris, qui développent respectivement le Tipranavir, le Tenofovir (PMPA) et le T20 n’ont pas assoupli leur attitude et ne prévoient pas une mise à disposition dans des délais raisonnables. Les associations ont appris en novembre que le laboratoire Gilead a commencé aux USA un accès compassionnel de leur produit. Nous sommes à ce jour sans nouvelles d’une mise à disposition de ce médicament en France.

L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé est loin d’être en mesure d’anticiper l’arrivée des nouveaux médicaments antirétroviraux dans le cadre d’un système d’octroi compassionnel adapté.

Depuis cet été, l’Agence Nationale de Recherches sur le Sida a commencé de travailler sur une série de protocole d’essai qui est aujourd’hui au point mort.

Le ministère de la Santé s’était engagé à prendre contact avec les laboratoires pharmaceutiques et nous constatons que ces démarches s’avèrent insuffisantes. Devant l’aspect dramatique de cette situation, le TRT-5 estime urgente la mise sur pied d’une cellule de crise qui rassemblerait les représentants de ces deux agences et du ministère. Cette structure nouvelle pourrait apporter une réponse face aux milliers de personnes en situation critique. Ce serait le lieu d’actions politiques concertées. De plus, l’arrivée de nouveaux traitements permettrait d’anticiper l’amplification du phénomène des échappements lourds pour les personnes qui sont aujourd’hui dans une situation intermédiaire.

Dans la logique actuelle de la concentration de l’industrie pharmaceutique, les laboratoires refusent de mettre sur pied des programmes compassionnels acceptables face au nombre de malades en échappement. Pourtant, dès que les données concernant l’efficacité et la toxicité de leurs produits sont connues, les laboratoires pourraient assurer un accès précoce de ces molécules pour les personnes en danger. Ils ne le font pas car cela ne correspond pas à leurs stratégies de marketing.

Cette situation est d’autant plus difficile à appréhender qu’elle survient dans un contexte particulier. En effet, le sentiment général qui prévaut dans la société, largement relayé par les médias, laisse entendre que l’infection par le VIH est un problème résolu depuis l’arrivée des multithérapies. Si l’ANRS et l’Agence Française Sanitaire des Produits de Santé ne s’investissent pas davantage, si les laboratoires refusent de mettre leurs molécules en développement à disposition des personnes en situation d’urgence, elles seront clairement laissées pour compte.

Le groupe interassociatif TRT-5 réunit les associations Actions Traitements, Act Up-Paris, Aides, Arcat – Sida, SolEnSi, VLS - Vaincre le Sida, Sida Info Service, Nova Dona.

Nous alertons les médias et les institutions sur cette situation de crise parce que nous suivons de près le développement des médicaments, la mise en place des essais cliniques et le contexte épidémiologique de l’infection par le VIH.

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