Les associations de lutte contre le sida se mobilisent pour les malades en situation d’échec thérapeutique

Les associations rassemblées au sein du TRT-5 sont très inquiètes de la situation des personnes en impasse thérapeutique. Cette situation touche une catégorie particulière de malades qui après avoir épuisé tous les médicaments antiviraux disponibles ont une charge virale élevée et non contrôlée, et un taux de CD4 extrêmement bas. Ils sont exposés à la survenue d’infections opportunistes, d’une cachexie, ou d’une pathologie tumorale.

L’absence de données épidémiologiques récentes concernant l’impasse thérapeutique est une préoccupation des associations. Le TRT-5 a demandé des informations sur l’ampleur du phénomène directement aux chefs de service spécialistes de l’infection par le VIH. Tous considèrent qu’entre 5 et 10 % de leurs patients sont dans une situation d’urgence thérapeutique. Cela représente près de 8000 personnes en France.

Le TRT-5 a identifié plusieurs molécules en phase précoce de développement dont les premiers résultats d’essais suggèrent un intérêt pour les personnes en impasse thérapeutique. Parmi celles-ci, dans la classe des inhibiteurs de protéase, l’ABT-378 des laboratoires Abbott est à un stade de développement avancé. Le tipranavir développé par Pharmacia & Upjohn a été conçu de telle façon qu’il pourrait permettre de contourner les résistances des autres antiprotéases. Parmi les inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse, le FddA (US Bioscience) serait efficace sur les souches résistantes à l’AZT, ddI et ddC. Le PMPA, inhibiteur nucléotidique de la transcriptase inverse, aurait quant à lui une activité antivirale très puissante dans cette nouvelle classe de médicaments.

L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé devrait être en mesure d’anticiper l’arrivée des nouveaux médicaments antirétroviraux dans le cadre d’un système d’octroi compassionnel adapté. Afin d’éviter les traitements par monothérapie de fait, les nouveaux médicaments ne doivent pas être mis à disposition à une trop grande distance les uns des autres dans le temps.

L’Agence Nationale de Recherches sur le Sida devrait agir parce qu’elle a aussi pour vocation d’accompagner l’arrivée de ces nouveaux produits qu’elle devrait évaluer dans le cadre d’essais thérapeutiques novateurs. En effet, leur mise à disposition devrait être l’objet d’une surveillance adaptée afin de poursuivre les études d’efficacité et de tolérance dans ce contexte particulier.

L’industrie pharmaceutique doit favoriser la mise à disposition des nouvelles molécules, pour répondre aux besoins des personnes pour lesquelles plus aucun traitement n’est efficace. Dans le cadre du développement des nouveaux médicaments, les laboratoires ont pour habitude de favoriser le marché américain au détriment du marché européen. En France, l’accès aux inhibiteurs de la protéase a été large et précoce, aussi aujourd’hui les industriels doivent prendre en compte qu’à nouveau, des malades français se trouvent face à l’urgence.

Cette situation est d’autant plus difficile à appréhender qu’elle survient dans un contexte particulier. En effet, le sentiment général qui prévaut dans la société, largement relayé par les médias, laisse entendre que l’infection par le VIH est un problème résolu depuis l’arrivée des multithérapies. Si l’ANRS et l’Agence des Produits de Santé ne s’investissent pas davantage, si les laboratoires refusent de mettre leurs molécules en développement à disposition des personnes en situation d’urgence, elles seront clairement laissées pour compte.

Le groupe interassociatif TRT-5 réunit les associations Actions Traitements, Act Up-Paris, Aides, Arcat – Sida, SolEnSi, VLS - Vaincre le Sida, Sida Info Service, Nova Dona.

Nous alertons les médias et les institutions sur cette situation de crise parce que nous suivons de près le développement des médicaments, la mise en place des essais cliniques et le contexte épidémiologique de l’infection par le VIH.-