« LE VRAI ET SEUL REMÈDE CONTRE LE SIDA DÉCOUVERT À MADAGASCAR » OU UNE BIEN AVENTUREUSE CHARLATANERIE

Décryptage et analyse par le TRT-5 du protocole A72 ou JMAR

Au début de l’année 2009, un grand nombre de personnes séropositives et d’organismes français de lutte contre le VIH/sida (associations, institutions de santé etc.) ont été assaillis de messages électroniques leur offrant la possibilité de « participer au protocole A72 du remède soignant les personnes séropositives au VIH/sida ». Ces messages, envoyés par l’association française Sidaventure, basée en Dordogne, disaient vouloir « offrir la guérison du sida grâce au remède A72 ».

Qui sont les expéditeurs de ces messages ?
Les textes émanent du Président de l’association, Christian Cavalli, « avec une équipe de chercheurs qui comprend un professeur universitaire médical et des spécialistes de la médecine traditionnelle ». Cette équipe serait basée à Madagascar, mais aucune indication n’est donnée sur son lieu d’exercice (hôpital, université, centre de recherche, .....).

Que disent ces messages ?
Les différents textes affirment que se trouve à la disposition des personnes vivant avec le VIH un « remède » découvert à Madagascar. Il s’agirait d’un « remède basé sur 10 espèces de plantes » (à un autre endroit on parle d’une « association de neuf types de matières végétales » !) qui « guérit 100% des malades sidéens traités ». Il est en outre précisé qu’il s’agit d’ « une guérison définitive et non un blocage de la multiplication virale comme pour les ARV ».

Des faits sont-ils fournis à l’appui de ces affirmations ?
Aucun. On a beau lire avec attention les innombrables messages envoyés, aucune donnée permettant d’effectuer une quelconque vérification de la véracité des propos tenus n’y figure. On donne des noms de chercheurs exerçant à Madagascar. On parle d’un « essai thérapeutique » (?), de « tests » et d’ « essais » précliniques » (?). Il est dit que « les essais qui ont été faits » ont « permis de prouver l’efficacité du médicament (patients totalement guéris) et son innocuité (absence totale de substances toxiques et de bactéries) ».
Il est aussi fait mention à de très nombreuses reprises d’un taux de guérison du sida de 100 % chez les personnes qui l’ont expérimenté. Mais aucune référence bibliographique ni aucune publication n’est donnée, permettant la moindre vérification de ces affirmations et de l’efficacité de ce produit.
L’étude de l’efficacité d’un nouveau médicament comporte plusieurs étapes (études de phases I, II, III). Le soi-disant protocole proposé pourrait correspondre à la phase III, mais il n’est donné aucun résultat avéré et vérifiable des phases précédentes.
De plus, dans un même texte, on parle tantôt d’un protocole destiné « à « reconfirmer l’efficacité du remède A72 », ce qui est une démarche scientifique, tantôt d’une « offre de traitement » à laquelle on invite à répondre, ce qui est une démarche commerciale.

Que dire du « protocole A72 » ?
Tout d’abord qu’il ne s’agit pas d’un protocole. Il existe un cadre-type de protocole qui doit donner aux personnes susceptibles d’y participer des précisions sur, entre autres :

  • les noms du promoteur, des investigateurs et leur lieu d’exercice,
  • les autorisations des autorités de tutelle (ministère de la Santé, AFSSaPS, Comité de protection des personnes),
  • les assurances prises,
  • le détail des conditions d’inclusion, des différentes étapes, du suivi médical (fréquence des visites, examens et analyses effectuées etc.),
  • les différents groupes de patients entrés dans le protocole et le nombre de patients dans chaque groupe,
  • les critères de jugement de l’efficacité du traitement proposé,
  • les bénéfices, et surtout les risques.

Aucune de ces informations ne figure dans le prétendu "protocole A72".

Par ailleurs, demander la photocopie certifiée de la carte d’identité est
illégal et en infraction avec les préceptes de la CNIL.

Au final, que retenir ?
On est en face d’un leurre, d’un phénomène charlatan, comme la lutte contre le VIH/sida en a déjà, hélas, beaucoup connu. Les exemples sont légion, dans l’histoire de l’épidémie, de pseudo-chercheurs ou scientifiques prétendant que leurs travaux, bien entendu restés méconnus de la communauté mondiale de la recherche sur le VIH/sida, permettent de concevoir des thérapeutiques capables de venir à bout du VIH dans un organisme humain.

L’éradication du VIH chez les séropositifs est un objectif permanent faisant l’objet de recherches poussées. Mise en avant à la fin des années 1990 par certains scientifiques renommés comme un horizon atteignable, elle n’a jamais encore pu devenir une réalité avec les médicaments – phytothérapeutiques ou non – mis, pour le moment, à la disposition des séropositifs.
Dire que le « remède », objet du soi-disant protocole A72, a atteint ce but devrait reposer sur les résultats de travaux d’une ampleur universelle, multicentriques, menés par des équipes scientifiques pluridisciplinaires d’une compétence reconnue et incontestée. Or il n’en est rien.

Les appels à participation à cette prétendue étude clinique comportent également une invitation à interrompre le traitement antirétroviral en cours. En tant que groupe impliqué dans la qualité de la prise en charge médicale des séropositif-ve-s, nous nous devons de les prévenir des risques qu’ils et elles prendraient pour leur santé en suivant cette préconisation.

L’attitude de ces individus est un abus de confiance irresponsable et, surtout, inhumain. En proposant de participer à un soi-disant protocole imprécis, ambigu, ne reposant sur aucune donnée scientifique démontrée, n’ayant aucune des autorisations requises, ils mettent gravement en danger la santé des patients qui se laisseraient abuser par leurs promesses fallacieuses et infondées.

Le groupe interassociatif TRT-5 :

  • dénonce l’attitude de l’association Sidaventure ;
  • met fermement en garde les personnes qui seraient tentées d’y participer ;
  • attend des autorités de santé responsables de la sécurité sanitaire des personnes les mesures qui mettront définitivement fin à cette sinistre et dangereuse supercherie.