Accès aux traitements contre l’infection par le VIH dans le monde : ne pas laisser croire que tout est réglé

Un rapport commun OMS ONUSIDA UNICEF, récemment publié, fait état de progrès en termes d’accès aux traitements antirétroviraux dans les pays en développement.
Ce rapport est évidemment une bonne nouvelle, et témoigne d’une progression constatée ces dernières années dans la prise de conscience de l’urgence du sida.

Cependant, il convient d’être prudent quant à l’analyse des données présentées et, surtout, quant à l’interprétation qui peut en être faite.

En effet, si des améliorations sont indéniables, il ne faut pas perdre de vue :

  • que globalement, près des 3/4 des personnes qui auraient besoin d’un traitement selon les critères OMS n’y ont pas accès ;
  • que les critères OMS de mise sous traitement sont bien en deçà des recommandations en vigueur au Nord, et notamment en France. Dans les faits, les études de cohorte en témoignent, on commence un traitement en Afrique subsaharienne à un stade d’immunodépression beaucoup plus avancé qu’en France. Or, une prise en charge tardive est fortement corrélée à un risque de mortalité et de morbidité beaucoup plus élevé qu’un traitement débuté "précocément". De surcroît, la diversité des combinaisons de traitements disponibles dans les pays en développement est très réduite ; et l’accès aux deuxièmes lignes de traitement se pose déjà de manière cruciale pour les personnes ayant reçu une première combinaison à laquelle le virus est devenu résistant (voir à ce sujet la présentation de Matthias Egger, à la CROI 2007 ci-contre). Enfin, dans l’infection par le VIH comme dans de nombreuses autres pathologies, l’accès à un médicament est rarement suffisant pour parler de "soin", et les complications des traitements antirétroviraux - leur prévention et leur prise en charge - ne sont pas prises en compte dans le rapport... ;
  • qu’il s’agit d’estimations. Or, dans de nombreux pays, l’insuffisance des dispositifs de dépistage et de surveillance épidémiologique rend toute estimation périlleuse ;
  • qu’il existe de grandes disparités entre les pays, l’Afrique subsaharienne payant toujours un très lourd tribut au sida ;
  • qu’il existe également, au sein de la population des personnes atteintes, des groupes dont l’accès aux soins est encore plus compliqué et souvent inexistant : les enfants en premier lieu, les usagers de drogues, les hommes homosexuels, et toutes les personnes "vulnérables" ;
  • que, malgré les progrès, seules 11 % des femmes séropositives ont accès à un traitement de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant...

En France, la tendance actuelle est de renvoyer dans leurs pays d’origine des personnes atteintes par des pathologies lourdes, dont l’infection par le VIH et les hépatites virales, en dépit d’un défaut de prise en charge médicale adaptée dans lesdits pays.

Ces décisions, prises par les préfectures, contreviennent au droit français qui prévoit explicitement (réf : article 12 bis-11 de l’Ordonnance n°45-2658 du 2 novembre 1945) que : « sauf si sa présence constitue une menace pour l’ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit (...) à l’étranger résidant habituellement en France dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, sous réserve qu’il ne puisse effectivement bénéficier d’un traitement approprié dans le pays dont il est originaire ».

L’argumentation pour le renvoi dans le pays d’origine repose sur la notion "simpliste" d’existence d’une "offre de soins" dans le pays. Le fait que le traitement soit disponible à un coût prohibitif, en quantité limitée, qu’il ne soit pas adapté à la situation du malade, que le soin ne soit pas réductible au traitement mais qu’une prise en charge globale de la personne soit nécessaire, etc. n’est pas pris en compte. Ce n’est donc pas la perspective d’une prise en charge médicale effective et adaptée qui est considérée, mais l’existence du traitement, même si celui-ci demeure inaccessible ou inadéquat pour les personnes.

C’est ainsi que des personnes malades, résidant en France parfois depuis plusieurs années, sont brusquement basculées dans la précarité et l’illégalité, avant d’être expulsées dans un pays où elles ne trouveront pas de soins pour lutter contre leur maladie.

Qui peut l’accepter ? Pour soi ? Pour ses proches ? Pour les autres ?

Post-scriptum

En savoir plus :
Visiter le site de l’Observatoire du Droit à la Santé des Etrangers (ODSE)
Visiter le site de l’Onusida. L’Onusida publie tous les ans un rapport mondial sur l’épidémiologie de l’infection par le VIH.

Visiter le site de la Art Cohort Collaboration


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