En France et en Europe, la publicité sur les médicaments de prescription en direction des patients n’est pas autorisée à ce jour, mais un fort groupe de lobby de l’industrie pharmaceutique plaide auprès de la Commission Européenne pour changer les règles du jeu. Pour le TRT-5 qui s’est déjà investi sur ce dossier dans le passé [1], ce n’est pas la publicité directe au patient qu’il faut autoriser, mais une information indépendante, fiable, non biaisée, complète, et élaborée pour le patient, qu’il faut promouvoir.
En France et en Europe, la publicité sur les médicaments de prescription en direction des patients ("Direct-To-Consumer Advertising" - DTCA - en anglais) n’est pas autorisée à ce jour.
Une telle publicité existe en revanche aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande.
L’industrie pharmaceutique mène depuis plusieurs années un fort lobby au niveau européen pour autoriser la publicité "directe" au patient. Pour construire leur argumentation, les lobbyistes des firmes n’hésitent pas à mettre en avant le "droit à l’information" du patient sur les médicaments et son importance pour le bon usage du traitement.
Il convient de rappeler :
que plusieurs études ont montré que la publicité directe au patient ne contribue pas au bon usage du médicament,
que de nombreuses analyses soulignent la mauvaise qualité de la publicité produite par les firmes à l’attention des médecins. Cette publicité est trop souvent biaisée, incomplète, et ne favorise pas les prescriptions à bon escient. Par ailleurs, les agences réglementaires n’ont pas les moyens d’assurer un contrôle de qualité des publicités produites. Ainsi, en France, la publicité sur les médicaments destinée aux médecins est autorisée ; le TRT-5 considère que le système de régulation en place, qui fait intervenir l’agence française du médicament a posteriori (c’est-à-dire après diffusion de la publicité aux médecins), n’est pas de nature à garantir la mise à disposition d’une information pertinente et fiable ;
l’existence de plusieurs "affaires" scandaleuses dans le médicament. Ces affaires montrent que les laboratoires pharmaceutiques peuvent parfois être plus prompts à communiquer les informations valorisant le médicament, que celles relatives à des problèmes, parfois graves, de tolérance du médicament.
Avec ces éléments, que peut-on attendre de la publicité directe aux patients ?
Les firmes sont des professionnels de la fabrication et de la mise sur le marché du médicament ; ce ne sont pas des soignants ou des spécialistes de l’éducation thérapeutique. Ne mélangeons pas les rôles ; ne laissons pas s’imposer des conflits d’intérêts flagrants.
Dans cette logique, le TRT-5 soutient l’appel récemment lancé par l’European Public Health Alliance (EPHA) auprès des organisations européennes.
L’EPHA est une coalition d’organisations qui prend position en faveur d’une information sur les médicaments et la santé indépendante, de qualité, non biaisée, fondée sur des données issues de recherches à la méthodologie bien décrite, et centrée autour des besoins et intérêts des patients. Dans un document draft de prise de position, l’EPHA propose qu’une telle information soit coordonnée par les agences nationales du médicament (l’Afssaps en France).
Voir le texte de l’EPHA (draft en cours d’élaboration).
[1] Au niveau européen, lors de la transposition de la directive européenne de 2001 dans le droit français. Et en France, par les prises de position lors des débats sur le projet d’ordonnance sur les "programmes patients". Le TRT-5 a par ailleurs déjà été sollicité par l’Afssaps pour émettre des avis sur des propositions de programmes patients des firmes.